Ce soir-là, le colza était en fleurs. Un jaune éclatant, presque irréel, comme si le printemps avait décidé de tout illuminer. Mais la plus belle lumière n’était pas celle du champ. C’était celle qui revenait doucement dans son regard.
Elle n’était pas venue chercher de jolies photos.
Elle était venue se retrouver.
Il y a des périodes où l’on s’oublie un peu. On prend soin des autres, on avance, on fait ce qu’il faut faire… jusqu’au jour où l’on ne sait plus vraiment quand on s’est regardée avec douceur pour la dernière fois.
Alors on prend une heure.
On ose.
Petit à petit, les épaules se détendent. Les rires deviennent sincères. Le regard change. On ne cherche plus à être parfaite. On accepte simplement d’être là.
C’est souvent à ce moment-là que la magie opère.
Je ne crois pas que mes photos donnent confiance en soi. Je crois qu’elles rappellent ce qui était déjà là, un peu caché sous les doutes, la fatigue ou le regard que l’on porte sur soi.
Et quand, à la fin de la séance, quelqu’un me dit : « Je ne pensais pas pouvoir me trouver aussi belle. »
Je sais que les images ne sont finalement qu’un prétexte.
Le vrai souvenir, c’est ce moment où l’on se réconcilie un peu avec soi-même.